Niveau A1-A2 Pour les enseignants et les apprenants

Le présent de l'indicatif : les trois groupes de verbes

Reconnaître les trois groupes, les conjugaisons modèles, les changements orthographiques du premier groupe et un ordre de présentation pour la classe.

Par Cathy Nguyen, enseignante de FLE. Publié le 20 septembre 2026.

Pourquoi on parle de « groupes »

Le classement des verbes français en trois groupes est un héritage scolaire, pas une loi de la langue. Je le garde quand même en classe, parce qu’il répond à la seule question qui intéresse vraiment l’apprenant : combien de formes est-ce que je dois retenir pour ce verbe ? Un verbe du premier groupe, c’est un radical et six terminaisons. Un verbe du troisième groupe, c’est parfois trois radicaux différents dans un même tableau.

Le critère est double : la terminaison de l’infinitif, et le comportement du radical au présent.

GroupeInfinitifTest au présentNombre
1er-er (sauf aller)radical stable : je parl-e, nous parl-onsplus de 90 % des verbes
2e-ir-iss- au pluriel : nous fin-iss-onsenviron 300 verbes
3e-ir, -oir, -re, et allerradical variable : je prends, nous prenons, ils prennentenviron 350 verbes

Le premier groupe est le seul encore productif : les verbes qui entrent dans la langue y vont directement (télécharger, scroller, liker). Le troisième groupe, lui, est fermé, mais il contient les verbes les plus utilisés du français. C’est le paradoxe que j’annonce dès le début : le petit groupe est celui qu’on rencontre le plus souvent.

Premier groupe : les verbes en -er

Le modèle : parler

PersonneForme
jeparle
tuparles
il / elle / onparle
nousparlons
vousparlez
ils / ellesparlent

Quatre de ces six formes se prononcent exactement pareil : parle, parles, parle, parlent. La différence est purement graphique. J’insiste beaucoup là-dessus, parce que l’apprenant qui entend « ils parlent » et qui écrit « ils parle » n’a pas un problème de grammaire, il a un problème d’orthographe silencieuse. Seuls nous parlons et vous parlez s’entendent.

Pour l’entraînement systématique, j’utilise la fiche A1 Présent verbes en -ER, qui fait tourner les six personnes sur des verbes du quotidien.

Les cinq pièges orthographiques

Le premier groupe est régulier à l’oral, mais l’écrit réserve cinq accidents. Ils reviennent tous les ans, dans le même ordre.

VerbeForme qui changePourquoi
mangernous mangeonsle e garde le son /ʒ/ devant o
commencernous commençonsla cédille garde le son /s/ devant o
acheterj’achète, ils achètente devenu è devant une terminaison muette
appelerj’appelle, ils appellentconsonne doublée devant une terminaison muette
payerje paie (ou je paye)y devient i devant e muet

Les deux derniers cas suivent la même logique que acheter et appeler : la syllabe finale n’étant plus prononcée, l’accent de prononciation recule, et l’orthographe le signale soit par un accent grave, soit par une consonne double. D’où la régularité rassurante : nous achetons et nous appelons retrouvent la forme simple, parce que la terminaison, elle, se prononce.

Deuxième groupe : les verbes en -ir avec -iss-

Le modèle : finir

PersonneForme
jefinis
tufinis
il / elle / onfinit
nousfinissons
vousfinissez
ils / ellesfinissent

Le test est mécanique et je le fais faire à voix haute : « nous …issons » fonctionne-t-il ? Pour choisir, grandir, réussir, réfléchir, ralentir, obéir, la réponse est oui. Pour partir, nous partons, donc troisième groupe. Pour ouvrir, nous ouvrons, donc troisième groupe aussi. Le participe présent confirme : finissant contre partant.

Autre repère utile : beaucoup de ces verbes sont construits sur un adjectif et signifient « devenir » quelque chose. Grand donne grandir, rouge donne rougir, vieux donne vieillir. Les fiches du A2 Présent de l’indicatif des verbes du 2ème groupe reprennent cette série.

Troisième groupe : les irréguliers

Je ne présente jamais le troisième groupe comme un désordre. Il se range en familles, et la plupart des verbes fréquents fonctionnent sur un schéma à trois radicaux : un pour le singulier, un pour nous et vous, un pour la troisième personne du pluriel.

prendre

PersonneForme
jeprends
tuprends
il / elle / onprend
nousprenons
vousprenez
ils / ellesprennent

venir

PersonneForme
jeviens
tuviens
il / elle / onvient
nousvenons
vousvenez
ils / ellesviennent

Le même moule sert pour comprendre, apprendre, tenir, devenir, revenir. Et les terminaisons, malgré les apparences, sont presque toujours -s, -s, -t (ou rien), -ons, -ez, -ent. C’est le radical qui bouge, pas la fin du mot. Une fois que l’apprenant a vu ça, il aborde les exercices du A2 Verbes du 3ème groupe au présent avec une stratégie au lieu d’une liste.

être et avoir, avant tout le reste

Personneêtreavoir
je / j’suisai
tuesas
il / elle / onesta
noussommesavons
vousêtesavez
ils / ellessontont

Ce sont les deux verbes les plus irréguliers du français et ce sont les premiers que j’enseigne. Non par provocation : sans eux, on ne peut rien dire. Se présenter demande être (je suis étudiante, elle est belge). Dire son âge demande avoir (j’ai vingt-huit ans). Les expressions de base passent par avoir : avoir faim, avoir soif, avoir froid, avoir besoin de. Et surtout, ces deux verbes deviendront les auxiliaires du passé composé, donc le temps investi ici sert deux fois. Comme la répartition entre les deux est rarement intuitive, je fais trier avant de faire conjuguer, avec A1 Verbes être ou avoir.

La forme négative

La négation française est double : ne avant le verbe conjugué, pas après. Je ne comprends pas. Nous n’habitons pas à Lyon. Devant une voyelle ou un h muet, ne s’élide en n’.

Deux remarques que je fais systématiquement. D’abord, à l’oral courant, le ne disparaît : « je comprends pas », « elle est pas là ». L’apprenant doit le reconnaître à l’écoute sans le reproduire à l’écrit. Ensuite, un article indéfini ou partitif devient de après la négation : j’ai un chien devient je n’ai pas de chien ; je bois du café devient je ne bois pas de café. Cette deuxième règle échappe presque toujours au premier passage, alors je la traite séparément, après A1 Présent la forme négative.

Présent simple ou être en train de ?

Le présent français couvre à lui seul plusieurs valeurs : l’habitude (je travaille le samedi), l’état (elle habite à Nantes), la vérité générale (l’eau bout à cent degrés), l’action en cours (attends, je finis ma phrase), et même le futur proche (je pars demain).

Cette polyvalence pose un problème précis aux anglophones et aux hispanophones, qui cherchent un équivalent de leur forme progressive. La construction existe : être en train de + infinitif. Mais elle n’est pas obligatoire, et c’est là le point de langue. Elle sert à insister sur le déroulement, souvent pour justifier une interruption ou refuser une sollicitation : « Je ne peux pas te répondre, je suis en train de cuisiner. » Dire « je suis en train d’habiter à Paris » est impossible, parce qu’habiter n’est pas une action en déroulement. Pour ancrer la nuance, je passe par des images à décrire, comme dans A1 Qu’est-ce qu’ils sont en train de faire ?.

Les erreurs que je vois vraiment

Après plusieurs années de copies, la liste est courte et stable.

  1. Le -ent muet écrit -e : « ils parle ». Problème d’écoute, pas de raisonnement.
  2. Le deuxième groupe traité comme le troisième : « ils finent » au lieu de ils finissent.
  3. L’infinitif après un pronom : « je prendre le bus ». Fréquent chez les apprenants qui mémorisent le verbe sous sa forme de dictionnaire.
  4. Être et avoir permutés : « je suis vingt ans », « j’ai faim » devenu « je suis faim ».
  5. Le radical du pluriel oublié : « nous prendons », « ils venent ».
  6. La négation refermée trop tôt : « je ne pas comprends ».
  7. Le progressif systématique : « je suis travaillant », calque direct de l’anglais.

Les erreurs 2 et 5 se corrigent par l’oral répété, pas par l’explication. Les erreurs 4 et 6 se corrigent par l’explication, et une seule suffit souvent.

Mon ordre de progression en classe

Voici la séquence que j’utilise avec un groupe A1, sur environ six séances.

  1. être et avoir, avec la présentation personnelle comme contexte. On conjugue pour parler de soi, jamais à vide.
  2. Le premier groupe, sur douze à quinze verbes du quotidien seulement. Mieux vaut quinze verbes solides que soixante approximatifs.
  3. La forme négative, appliquée immédiatement aux verbes déjà connus. Aucun verbe nouveau à cette étape.
  4. Le deuxième groupe, introduit par le test du -iss-, avec les verbes construits sur des adjectifs.
  5. Le troisième groupe, famille par famille : d’abord aller, faire, venir, prendre, puis les modaux pouvoir, vouloir, devoir.
  6. Réemploi libre, avec une tâche qui force les six personnes et les trois groupes en même temps. Le récit d’une journée type fonctionne très bien : A1 Ma journée quotidienne sert de trame, et chacun l’adapte à sa vie.

J’ajoute souvent une septième étape, l’A1 Impératif présent, parce que l’impératif se construit directement sur le présent de l’indicatif. Prends, finis, parlez : l’apprenant découvre qu’il connaît déjà ces formes, il apprend simplement à enlever le pronom. C’est l’un des rares moments où la grammaire française offre un cadeau.